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"This Is Cameroon": The Question of Who, and Why It Matters

Responding to social media calls for a Cameroonian adaptation of Childish Gambino's

Wandji WilfredWandji Wilfred· 11 June 2018
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À moins que vous ne veniez d'une autre planète, vous avez très certainement entendu parler (et peut-être même, consommé) le tube « This is America » par le rappeur américain Childish Gambino. Vous avez peut-être aussi vu l'adaptation nigériane du vidéo clip fait par Falz, rappeur nigérian. Non ? Laissez-moi vous mettre à jour.

Les deux versions sus-citées décrient les différents maux sociaux dont les différents artistes sont témoins. D'une part, Childish Gambino parle de racisme et de brutalité policière dans une société américaine plongée dans un état comateux, suite aux effets de réseaux sociaux et à l'indifférence qui caractérise ses habitants.

Falz, quant à lui traite des problèmes liés à la société nigériane, à savoir : Boko Haram, les filles Daphsi, la corruption, les coupures intempestives d'électricité, le népotisme, la consommation abusive de drogues (en particulier par les étudiants scientifiques), la grosse diversion qu'est « Big Brother Naija » (adaptation nigériane de Secret Story), et autres.

À sa sortie, la vidéo de Childish Gambino a plongé les internautes dans une sorte de frénésie. J'avoue ne pas comprendre pourquoi cette vidéo provoque les passions. Pour le friand du rap de la vieille école que je suis, ça n'avait rien de nouveau. Pour moi, le hip-hop sera toujours une musique à dessein politique. Toutefois, vu la nouvelle tendance de rappeurs qui chantent tout et n'importe quoi sur du Trap, on comprend mieux le comportement observé vis-à-vis ladite vidéo.

En tout cas, je ne suis pas venu vous faire un cours dessus. J'écris cet article pour répondre à la question posée pas nos compatriotes sur Twitter, à la suite de la réadaptation « This is Nigeria » par Falz : à quand une vidéo « This is Cameroon » ? Pensez-y ; il n'y a pas meilleur moment pour faire une adaptation camerounaise de la chose ! De la crise anglophone à l'escroquerie des PB HEV, le panier à problèmes camerounais regorge d'une multitude de thèmes à aborder.

Je n'aime pas beaucoup me retrouver dans des situations embarrassantes de disputes avec des inconnus sur la toile. Il y a quelques jours, je me suis sorti d'une pareille situation, in extremis. En effet, une jeune dame s'est jointe aux autres voix qui réclamaient qu'un artiste daigne produire une vidéo « This is Cameroon ». Elle, comme plusieurs avant elle, a proposé que JOVI s'y colle.

Sur ce point, nos avis ont divergé et là-dessus, j'ai exprimé mon désaccord car je ne pense pas que JOVI soit le meilleur des choix. Arrogante, elle a rétorqué qu'elle ne me demandait pas mon avis ; elle a exprimé les siens et s'ils ne me plaisent pas, je pouvais aller consulter mes ancêtres.

Bon ! Primo, mes ancêtres, je ne les connais pas très bien. Personne dans ma famille n'a eu l'idée d'archiver notre généalogie. Par conséquent, je ne saurai savoir qui ils sont, et encore moins, ne pourrai-je argumenter avec eux !

Deuxio, mes grands-parents nous ont quittés il y a presque 3 ans. Du coup, je ne sais pas si je puis déjà les appeler mes ancêtres. Conclusion, elle a fait une suggestion caduque. Mais bon, que cela ne vous empêche surtout pas d'être d'accord (si vous l'êtes) avec le choix qu'elle porte sur JOVI quant à la réalisation d'une telle vidéo.

Vous vous demandez probablement QUI, selon moi, est mieux placé pour réaliser une vidéo « This is Cameroon », n'est-ce pas ? Désolé, je ne répondrai pas à cette question. J'ai quelques artistes en vue, mais je ne les citerai pas. Et si nous nous préoccupions plutôt du « POURQUOI » plutôt que du « QUI » ? Ceci n'est pas un article anti-JOVI ; il s'agit d'un souci plus sérieux.

Maintenant que j'ai piqué votre curiosité, commençons ! La raison pour laquelle je ne porte pas mon choix sur JOVI ou sur d'autres artistes s'explique tout simplement par le fait qu'en parcourant leurs répertoires de chansons, je ne retrouve aucun son aux nuances politiques. Voilà. Madame Ancêtres opte très certainement pour JOVI parce qu'il semble être le rappeur le plus populaire du Cameroun. Outre sa côte de popularité, c'est probablement grâce à son style « mboko » qu'il semble être le rappeur idéal pour la tâche. Pas vrai ?

Qui mieux que lui know que le dehors est trop High ? (Tu blagues, tu glisses.)

Well, I don't see it that way.

En fait, depuis que Valséro a quitté la scène musicale, je n'ai pas encore vu d'artiste combler le vide de son départ en créant un album à tendance politique. Valséro est pour nous ce que Lapiro de Mbanga a été pour la génération de nos parents. Je vous défie de me citer un seul rappeur ayant produit un album du style de Valséro.

Je le redis, cet article ne vise pas opposer un rappeur à un autre. Il n'est pas question d'un concours de pisse. À mon avis, JOVI et bien d'autres artistes ne me paraissent pas des choix judicieux, car le son « This is Cameroon » a une portée culturelle bien trop importante pour être traité par un artiste n'ayant aucunement marqué la biosphère politique de par sa musique. Les enjeux créés par la vague de popularité générée par Childish Gambino sont d'autant plus grands.

Je ne sais pas si je me fais bien comprendre.

Cette analyse fait l'état des lieux du hip-hop au Cameroun et dans le monde. Un article que j'ai publié dans le passé situait les origines du genre musical dans des mouvements politiques et sociaux. J'y ai parlé de l'objectif premier du rap, celui d'autonomiser et une minorité opprimée, de convoyer un message porteur d'espoir en vue de pousser les minorités à améliorer leurs communautés.

Nous sommes tous témoins du déclin de la qualité du message diffusé au fil des années : les Amigos sont à la tête des classements musicaux au moyen de lyriques à peine déchiffrables. Mais bon, c'est un autre sujet sur lequel débattre.

J'essaie de démontrer que parce qu'emportés par le courant des tendances actuelles, les artistes du rap, et nous avec, se sont cloîtrés dans les carcans de thématiques aux approches populaires et usuelles ; si bien que les véritables messies qui auraient pu valablement représenter une adaptation de « This is Cameroon » se perdent dans le lot. Malheureusement, ceux qui, selon moi, auraient bien pu le faire (non, je ne les citerai pas) ne sont pas assez connus pour être retenus.

Mon objectif n'est de dicter ni à JOVI, ni à Ngoma, et encore moins à Boy Tag ou à Stanley ou à qui que ce soit d'autre, le type de musique qu'ils doivent produire. C'est leur combat à eux car pour reprendre Jay Z, ce qu'ils mangent ne m'envoie pas aux chiottes. N'importe lequel d'entre eux peut se donner pour mission de réaliser une vidéo « This is Cameroon ». Si le produit final est impeccable, je cliquerai volontiers sur les boutons « J'aime » et « Partage ».

Je ne suis qu'un puriste du rap. Je crois en un rap aux nuances politiques. Je pense que lorsqu'une occasion comme celle-ci se présente, il revient aux véritables philosophes de l'idéologie de prendre le devant de la scène, car ils sont les vrais zeitgeist. Ils sont nombreux au Cameroun ; malheureusement, nous ne les laissons pas faire. Peut-être ne sommes-nous pas encore prêts à les écouter, non plus.

En tout cas, ce n'est qu'un avis : le mien. Vous êtes libres de partager le vôtre avec mes ancêtres et moi-même. Nous sommes ouverts à la critique.

- Wandji Wilfred.

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